Le risque infectieux en extérieur est en général très inférieur à celui en milieu clos

Une équipe de chercheurs en physicochimie des atmosphères et en mécanique des fluides, vient d’évaluer quantitativement le risque de contracter par voie aérienne la Covid-19 en espace intérieur par rapport à un environnement extérieur
Image risque infectieux

L’épidémie liée au coronavirus SARS-COV2 frappe de nombreuses régions du monde et a donc été classée par l’OMS comme une pandémie. Cependant force est de constater qu’elle frappe de façon inégale suivant les continents, les pays, les saisons et la topographie. En France même, la Bretagne apparaît comme épargnée alors qu’avec la fin de l’automne et le début de l’hiver 2020 l’épidémie a flambée dans les vallées des alpes.


Des corrélations ont pu être établies entre des aspects météorologiques (vent, température, présence de particules fines) et des épisodes de contaminations. Mais corrélation n’est pas causalité, les décisions politiques concernant des mesures qui impactent la vie de tout un chacun doivent se faire sur la base d’une compréhension scientifique des observations.  La simple statistique et la mise en évidence de corrélations ne suffisent pas : il faut comprendre les observations, même sur la base d’analyses simplifiées, si l’on veut que toutes les mesures prises soient rationnelles et in fine reconnues comme telles, donc acceptées par la population.

Après avoir été longtemps largement minimisée par les autorités nationales et internationales (dont l’OMS) la voie de transmission aérienne, dite encore « aérosols », qui implique de très petites particules infectieuses en suspension dans l’atmosphère est maintenant largement reconnue.

Les phénomènes physiques mis en cause dans cette troisième voie dépassent largement le cadre de l’épidémiologie et de l’infectiologie. Le problème, très pluridisciplinaire, concerne aussi les physico-chimistes spécialistes des atmosphères, des aérosols, de la qualité de l’air et de la pollution.

C'est dans ce contexte qu'un article développant un modèle permettant d’évaluer quantitativement  le rapport de risque de contracter par voie aérienne la COVID-19 entre milieu intérieur et milieu extérieur et impliquant un membre du Département de Physique Moléculaire et deux anciens membres vient de paraître dans la revue "Environmental Research".

Les résultats montrent clairement que le risque extérieur est en général bien plus faible que le risque intérieur et que le rapport de risque dépend du vent, de la densité de personnes, de la norme de ventilation intérieure adoptée, ainsi que de la dispersion atmosphérique des particules virales en extérieur.  Cette dernière est évidemment très dépendante des conditions météorologiques.

Ce travail met en lumière que la norme actuelle en matière de renouvellement (ou de traitement) de l’air intérieur est largement insuffisante. Ramener le risque intérieur vers celui du milieu extérieur demanderait une augmentation de la norme d’au moins un ordre de grandeur.

Ces résultats éclairent et expliquent, au moins partiellement, de nombreuses observations. De plus, l’évaluation quantitative du risque pris en extérieur par rapport à celui pris dans des lieux intérieurs est essentiel pour la prise de décision rationnelle, par exemple sur le port du masque.

Environmental Research 198, 111189 (2021)

"Simple quantitative assessment of the outdoor versus indoor airborne transmission of viruses and COVID-19"

B.R. Rowe, A. Canosa, J.M. Drouffe et J.B.A. Mitchell

https://doi.org/10.1016/j.envres.2021.111189

(full text)