Les premiers hydrocarbures aromatiques polycycliques découverts dans l'espace

Des scientifiques découvrent deux hydrocarbones aromatiques polycycliques dans l'espace interstellaire donnant des indices sur leur origine

Depuis plus de 30 ans, il est admis que la plus grande partie du carbone découvert dans l’espace devrait se trouver sous la forme de larges molécules appelées hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). La spectroscopie dans l'infrarouge moyen a montré que les HAPs sont abondants dans de nombreux objets astronomiques, mais cette technique ne peut pas déterminer quelles molécules spécifiques de HAP sont présentes. La radioastronomie pourrait permettre une identification individuelle si la molécule est suffisamment abondante et possède un grand moment dipolaire, mais on s'attend à ce que les HAPs produisent un grand nombre de raies spectrales très faibles.

Récemment une équipe de chercheurs dirigée par Brett McGuire (MIT) et comprenant Ilsa Cooke de l’Institut de Physique de Rennes ont effectué une analyse par empilement et filtre accordé afin de rechercher les HAP dans les observations radio de TMC-1, situé dans le nuage moléculaire interstellaire de Taurus. Ils ont identifié l'émission de deux isomères du cyanonapthalène, petit HAP formé par deux anneaux de benzène reliés par un groupe CN. Précédemment, on pensait que les HAPs ne se formaient qu'à haute température près des étoiles. En revanche cette récente détection dans un nuage interstellaire suggère que ces molécules peuvent se former à des températures bien plus froides (10 degrés seulement au-dessus du zéro absolu). Cette découverte permet d’éclaircir le rôle des HAPs dans la chimie des régions de formation des étoiles et des planètes.

Référence

“Detection of two interstellar polycyclic aromatic hydrocarbons via spectral matched filtering”

Brett A. McGuire et al., Science 371, 1265 (2021) DOI: 10.1126/science.abb7535     (full text)